Mère Térésa, la folie de Dieu (52′)

Produit par Point du Jour, diffusion  dans « Infrarouge » sur France 2, Juin 2011

 

Les écrits intimes de Mère Térésa publiés récemment projettent une nouvelle lumière sur son œuvre : tout est pour Dieu, mais sans Dieu, puisque qu’elle se dit abandonnée de Lui. A l’aide de ces lettres troublantes, et en rencontrant ceux et celles qui s’impliquent sur le terrain, ce film explore comment une vision radicalement religieuse s’incarne et se confronte au réel. En Inde, à Londres, au Pérou, que font vraiment les sœurs de Mère Térésa et quelle aide est apportée aux plus pauvres ? A quel prix servir Dieu avant tout ?

LA CROIX

Aimer et servir Dieu, jusqu’où ?

Voilà un film qui s’intéresse davantage à la congrégation de Mère Teresa qu’à la fondatrice des Missionnaires de la Charité et ose poser des questions

Une religieuse des Missionnaires de la Charité dans une rue de Londres.

Ce film inédit de Carine Lefebvre-Quennell change des documentaires habituels sur « la sainte de Calcutta », notamment celui diffusé l’an dernier sur la longue nuit spirituelle de Mère Teresa à l’occasion du centenaire de sa naissance.

Ici, la réalisatrice s’intéresse moins à la vie de la fondatrice des Missionnaires de la Charité qu’à celle de sa congrégation. Et elle ose poser des questions dérangeantes sur ce que font vraiment les sœurs et sur l’aide qu’elles apportent aux malades, aux mourants, aux SDF ou aux orphelins…

« Pourquoi laisser des tuberculeux au contact d’autres malades, au risque de les contaminer ? », s’interroge un médecin qui a cessé de travailler avec les sœurs dans le mouroir de Calcutta.

JUSQU’OÙ IMPOSER UN VŒU DE PAUVRETÉ À DES ENFANTS ?

« Pourquoi ne pas embaucher davantage de personnel pour mieux s’occuper des orphelins ou enfants handicapés dans les centres tenus par les missionnaires ? », se demande une Indienne chargée de la collecte des fonds pour les sœurs et qui assure que la Providence divine «   pourvoit à tous leurs besoins    » .

« Pourquoi refuser l’offre d’une machine à laver le linge, alors que les tâches ménagères occupent une grande partie du temps des religieuses ? », s’étonnent à leur tour quatre étudiantes en médecine engagées pendant un an dans l’orphelinat des sœurs à Cuzco (Pérou). Jusqu’où, en effet, imposer un vœu de pauvreté à des enfants ?

Deux jeunes volontaires chrétiens – une avocate espagnole et un cadre parisien –, qui ont passé plusieurs mois auprès des sœurs, semblent également déstabilisés par certains comportements des missionnaires. Et puis, en voyant celles-ci parcourir le centre animé de Londres, priant le rosaire « pour les âmes perdues » et distribuant des images de Mère Teresa, on se demande pourquoi elles ne vont pas plutôt dans les quartiers Est de la capitale, plus pauvres matériellement…

A QUEL PRIX SERVIR DIEU AVANT TOUT ?

La réponse, selon la réalisatrice, est à chercher dans les écrits intimes de Mère Teresa et dans son double désir d’« apaiser la soif d’âmes de Jésus et donner beaucoup de saintes à l’Église », issues de sa congrégation. Ainsi, ce qui apparaît parfois comme un déni du réel pourrait s’expliquer par une conception radicalement spirituelle du service de Dieu et une union mystique au Christ en croix.

Une union crucifiante (donc difficile à comprendre) puisque la fondatrice a vécu plus de cinquante ans dans les ténèbres spirituelles, en se sentant totalement abandonnée de Dieu.

Ni hommage ni critique, ce documentaire pose une question essentielle : à quel prix servir Dieu avant tout ? Un seul regret : qu’il faille attendre 22 h 45 pour le voir !

CLAIRE LESEGRETAIN

 

LE MONDE (archive payante)

Les choix du Monde

Article paru dans l’édition du 29.05.11
FRANCE 2 22.45 DOCUMENTAIRE
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i admiratif ni ouvertement critique, ce documentaire doit être vu pour l’intéressant malaise qu’il provoque. Sans commentaire ni jugement sur ce qu’elle enregistre, sa réalisatrice, Carine Lefebvre-Quennell, parvient à une triple performance : faire ressentir le « froid glacial », « le vide » qui habitait Mère Teresa malgré sa « foi aveugle », comme cette missionnaire mondialement connue en fit état dans sa correspondance privée – qu’elle aurait voulu détruire avant sa mort, en 1997 ; filmer le travail quotidien des Missionnaires de la charité, congrégation qu’elle fonda et qui est aujourd’hui présente dans 120 pays ; et, surtout, créer un intrigant questionnement au vu de ces religieuses qui ne semblent n’aimer que le Jésus crucifié, en souffrance, celui qui a besoin d’elles.Ce documentaire dérange dans le très bon sens du terme. Car si l’action de ces religieuses consiste à secourir les plus pauvres, les plus faibles ou ceux qui ne sont encore qu’embryons, elle conduit aussi à s’interroger sur ce que représentent ces êtres humains d’ici-bas qu’elles côtoient, à se demander s’ils ne sont pas avant tout le truchement d’une recherche strictement personnelle de sublimation.Que l’on ait ou non la foi, Mère Teresa, la folie de Dieurenvoie chacun à ses propres démons : sur les croyances qui peuvent nous amener à s’engager dans une voie contraire au sens qu’on souhaite lui donner, sur l’aveuglement qui nous est peut-être nécessaire pour vivre, sur la manière dont nous acceptons ou balayons nos doutes contre une certaine paix.
Martine Delahaye

INTERVIEW

Article en ligne

La charité mal ordonnée de mère Térésa sur France 2

MERE_TERESA_mouroir-Calcutta.jpgLe 2 juin en deuxième partie de soirée, France 2 diffuse un documentaire de Carine Lefèbvre-Quennell, Mère Térésa, la folie de Dieu.

Les écrits intimes de mère Térésa, publiés récemment, projettent une nouvelle lumière sur son œuvre parmi « les plus pauvres d’entre les plus pauvres » : Tout est pour Dieu mais sans dieu, puisque la religieuse se dit abandonnée de Lui, plongée dans « les ténèbres de la foi ». A l’aide de ces lettres troublantes, et en allant à la rencontre des gens impliqués sur le terrain, sœurs, missionnaires mais aussi volontaires, médecins, pères jésuites, ce film explore comment une vision religieuse s’incarne et se confronte au réel. En Inde, au Pérou, à Londres, la réalisatrice enquête sur l’action des sœurs de mère Térésa sur le terrain et quelle aide elles apportent aux malades, mourants, SDF et orphelins. Ni hommage, ni critique, le film relate comment, avant de servir les pauvres, les sœurs de la charité entendent d’abord servir Dieu selon les préceptes de leur supérieure. Le résultat est parfois effrayant. Interview de la réalisatrice, Carine Lefèbvre-Quennell.


Comment vous ont accueillis les sœurs de la charité ?

A Londres, la sœur qui gère cette mission était d’accord pour qu’on filme et a même accepté de parler alors qu’elle n’avait pas le droit. A la maison mère de Calcutta, c’est très verrouillé par rapport aux médias. J’ai du signer un papier qui me donnait le droit de ne pratiquement rien faire. C’est étrange dans la mesure où les ONG reçoivent de l’argent de tout le monde, on pourrait penser qu’on puisse regarder leur travail. Alors, elles ne disent pas non mais avec une autorisation de filmer d’une demi-heure, cela nous condamne à rester à la surface des choses. C’est pour ça que je suis allée vers les volontaires et ceux qui pouvaient parler. Les sœurs n’ont pas le droit de parler et je pense que c’est du au fait qu’il y a eu énormément de critiques virulentes et qu’elles sont désormais très méfiantes.

MERE_TERESACalcutta.jpgVotre film est dur sur l’action de mère Térésa…

Ce n’était pas mon objectif d’être à charge puisque j’ai rencontré des gens qui étaient totalement dans l’adhésion mais aussi et plus que je ne pensais, des gens qui critiquent beaucoup cette manière de faire la charité. Entre les deux, j’ai voulu me faire ma propre idée.

Vous semblez arriver au constat d’une charité qui ne tient pas compte de la réalité sanitaire, médicale, humaine. Pourquoi ?

J’ai découvert à quel point, c’était tout pour Dieu, comme mère Térésa l’a voulu, et ça pose question par rapport à l’évolution du monde et de celle de la manière dont on intervient auprès des pauvres. Car ça a beaucoup changé depuis la disparition de mère Térésa avec les ONG, mais les sœurs de la charité sont restées vraiment là-dedans. C’est à la fois une force et puis aussi une limite.

Avez-vous l’impression qu’elles sont dans la charité mais pas dans l’aide humanitaire ?

En obéissant à leurs propres règles qui relèvent de la volonté de Dieu, elles peuvent se déconnecter des hommes. Mère Térésa faisait tout pour Dieu mais elle disait qu’elle ne le sentait plus et c’est quelque chose d’assez troublant que sa « foi aveugle ». Ce qui m’a frappé avant tout, c’est sa grande radicalité qui rejoint la position de l’Eglise souvent, comme les positions du pape contre l’avortement ou la contraception. Ca pose question quand on intervient en Inde notamment où ces questions sont très prégnantes.

Le film débute au mouroir de Calcutta. Le nom choisi pour ce lieu est lourd de sens…

Oui, il s’appelle en anglais the home for the dying, la maison des mourants, c’est un mouroir. L’idée de mère Térésa était de faire un lieu où les gens viennent mourir en paix et c’est là que c’est ambigu parce qu’en même temps on leur apporte des soins mais ces soins relèvent davantage du système D…

Et en dehors de toutes précautions d’hygiène élémentaire…

C’est son idée d’éviter aux gens de mourir dans la rue et c’est une bonne chose mais à partir du moment où moment où on les soigne sans vraiment le faire, que ce soit fait par des volontaires qui n’ont aucune idée de ce qu’ils font, tout ça interroge… Un volontaire raconte l’histoire d’un garçon tuberculeux promis à rejoindre Dieu. On ne lui donnait pas de médicaments parce que de toute façon il allait mourir et on gardait les médicaments pour d’autres… Même ce volontaire très croyant a du mal à se faire à ce choix.

Avez-vous conscience qu’en traitant ainsi de l’œuvre de mère Térésa qui est sur la voie de la canonisation, vous allez choquer beaucoup de monde ?

L’idée n’est pas de choquer nécessairement mais que les gens aillent un peu plus loin dans leur réflexion : Comment est-ce qu’on aide ? Que faire ? C’est une question qu’on se pose tous quand on voit les gens dans la rue… Je trouve intéressant que les gens soient renvoyés à cette question. Oui, mère Térésa est une championne, mais quand on regarde de près, c’est un peu plus compliqué.

MERE_TERESA_medailles-pour-homosexuels.jpgPourquoi vous intéressez-vous à l’action des sœurs de la charitéen Angleterre ?

On a une idée de leur action en Inde, mais elles sont aussi présentes dans les pays riches. Ce n’est pas la même pauvreté, pas la même problématique. En Angleterre, la volonté des missionnaires prend le pas sur les besoins ; elles vont à Soho donner des médailles aux homosexuels. Leur façon d’aider à Londres, c’est notamment ça. Tiens, me suis-je dit, elles ne vont pas dans l’East end où sont les plus pauvres…

Vous montrez aussi une séquence où on impose aux SDF la prière avant la distribution du repas…

Elles le font avec le meilleur sentiment du monde et elles apportent Dieu avant tout, avant la soupe. C’est étrange de voir, alors qu’il fait très froid, ces gens en train d’attendre et à qui on retire le gobelet des mains pour qu’ils prient d’abord… C’est une manière d’imposer quelque chose.

C’est ce qu’on voit au début du film quand l’on apporte Dieu avant les soins…

Oui, car sans Dieu, la vie n’a pas de sens. C’est à la fois une grande force parce qu’elles ont une dévotion sans borne par rapport à d’autres ONG qui vont être moins opérationnelles, et dont les volontaires ne vont pas se lever à 4 heures du matin… Mais ça présente un certain nombre de limites. J’ai rencontré une volontaire qui dit avoir vécu la mort d’une femme en disant : « C’est le plus beau cadeau que j’ai reçu. » Pour moi, c’était très troublant.

Propos recueillis par FXG (agence de presse GHM)

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